Référentiel Mornet 2025 : à quoi sert le barème d'indemnisation du préjudice corporel
Référentiel Mornet 2025 (barème Mornet) : indemnisation et évaluation du préjudice corporel selon la nomenclature Dintilhac. Fourchettes, valeur juridique.

Par Me Patrice Humbert
Avocat spécialiste CNB dommage corporel et responsabilité médicale
Certifié CNB
Barreau de Aix-en-Provence

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LEXVOX AVOCATS — Regard d'avocat
6 juillet 2026 — Par Me Patrice Humbert, avocat au barreau d'Aix-en-Provence, spécialiste de la défense des victimes (mention CNB)
Pour aller plus loin : notre dossier de référence sur le barème du préjudice corporel 2026, ainsi que nos analyses du pretium doloris (échelle de 1 à 7) et du calcul du DFP.
J'exerce depuis plus de vingt ans exclusivement dans la réparation des dommages des victimes, dans mon cabinet d'Arles, de Salon-de-Provence et d'Aix-en-Provence. Chaque semaine, une victime me tend une offre en me disant : « L'assureur affirme que c'est le barème. » Derrière ce mot, le plus souvent, c'est ce document. Or ce texte — que je consulte pourtant tous les jours — n'a rien d'un tarif imposé. Comprendre ce qu'il est, ce qu'il vaut juridiquement et comment on peut légitimement le dépasser est l'une des clés d'une juste réparation.
Ce guide répond aux questions que se posent les victimes et leurs proches : d'où vient cet outil, quelle différence avec la grille Dintilhac, quels montants prévoit-il pour la douleur, l'atteinte esthétique ou l'incapacité permanente, comment se calcule le point selon l'âge, et surtout ce que change — ou ne change pas — ce texte quand une compagnie d'assurance vous présente une offre.
Qu'est-ce que le référentiel Mornet (ou barème Mornet) ?
Le référentiel Mornet est le nom usuel donné au Référentiel indicatif de l'indemnisation du préjudice corporel des cours d'appel. Il est coordonné par Benoît Mornet, magistrat, conseiller à la Cour de cassation. Sa dernière édition — datée de septembre 2025 — intègre la jurisprudence jusqu'en juillet 2024. Son objet, tel qu'il l'énonce lui-même dans son avertissement, est modeste et précis : « proposer une aide méthodologique et des références d'indemnisation aux praticiens (magistrats et avocats) confrontés à cette question ».
L'origine du document tient à un constat ancien : à séquelles comparables, une même victime pouvait être traitée très différemment selon la juridiction saisie. Cette « loterie judiciaire » heurte le sentiment d'égalité. Pour corriger ces écarts, des magistrats ont progressivement mis en commun les montants réellement accordés en appel, poste par poste, pour en tirer des repères chiffrés. Ce texte est l'aboutissement de cette démarche : il ne fixe pas des prix, il photographie une pratique judiciaire et la met à disposition.
Il faut donc être très clair sur sa nature. Le document de B. Mornet n'est pas un texte de loi, ce n'est pas un décret, ce n'est pas un barème officiel opposable. C'est un outil documentaire, diffusé au format PDF dans la communauté des juristes, régulièrement mis à jour au fil des éditions. On parle parfois de « fourchettes Mornet » par commodité, mais l'expression est trompeuse : elle évoque une grille obligatoire, alors que cet outil n'est qu'une référence. Cette distinction n'est pas théorique — elle commande toute la stratégie de la victime.
Objectifs du référentiel Mornet, les limites du référentiel et aide aux victimes
Les objectifs affichés sont clairs : harmoniser les pratiques, offrir un langage commun aux magistrats et aux avocats, et réduire les disparités d'indemnisation constatées d'un tribunal à l'autre. En ce sens, le référentiel Mornet est un outil précieux — un outil essentiel même — de la pratique du droit du dommage corporel en France, matière qui se répare poste par poste, sans grille d'État. De fait, le référentiel Mornet est un guide méthodologique autant qu'un tableau de repères chiffrés.
Mais il faut aussi en connaître les limites. D'abord, il repose sur des moyennes : les victimes d'accidents aux séquelles apparemment identiques peuvent connaître des retentissements très différents, et les cas graves méritent une analyse fine, au-delà des grilles. Ensuite, il ne remplace ni l'examen médico-légal, ni la prise en compte de la situation familiale : les proches d'une victime décédée sont des victimes indirectes, avec des postes propres comme le préjudice d'affection. Le texte reste un repère utile pour les experts médicaux comme pour les tribunaux, mais il ne saurait servir de base d'un barème rigide : le montant de l'indemnisation doit toujours être individualisé. C'est là que l'accompagnement par un avocat prend tout son sens, dans une logique d'aide aux victimes.
Référentiel Mornet et nomenclature Dintilhac : quelle différence ?
La confusion la plus fréquente, en consultation, oppose ce guide à la grille Dintilhac. Pourtant, les deux ne s'opposent pas : ils sont indispensables l'un à l'autre, mais ne répondent pas à la même question. Tout chiffrage sérieux mobilise les deux.
La grille Dintilhac dit QUOI indemniser. Issue des travaux du groupe présidé par Jean-Pierre Dintilhac, elle identifie et définit l'ensemble des postes de préjudice — patrimoniaux et extra-patrimoniaux, temporaires et permanents : gêne dans la vie courante avant la fin des soins, douleurs, atteinte esthétique, incapacité définitive, perte des loisirs, préjudice sexuel, ou encore l'affection des proches. C'est la grille de lecture qui garantit qu'aucun poste n'est oublié.
Le document Mornet, lui, dit COMBIEN. Pour chacun de ces postes définis par la liste Dintilhac, il propose une fourchette indicative issue de la pratique des juridictions. Autrement dit : l'une structure l'évaluation des préjudices, l'autre aide à la chiffrer. Loin de s'opposer, ils s'emboîtent — le premier adopte d'ailleurs expressément la liste du second. Un chiffrage sérieux se construit toujours en deux temps : d'abord recenser tous les postes concernés par les séquelles, ensuite mobiliser les repères chiffrés (et les décisions rendues) pour attribuer à chacun un montant argumenté.
Deux outils complémentaires de la réparation du dommage.
- Question à laquelle il répond — Grille Dintilhac : Quels postes indemniser ? — Document Mornet : Quels montants de référence ?
- Nature — Grille Dintilhac : Liste et définitions des postes — Document Mornet : Fourchettes chiffrées observées en appel
- Auteur / origine — Grille Dintilhac : Groupe de travail J.-P. Dintilhac (2005) — Document Mornet : Coordonné par B. Mornet, haut magistrat
- Valeur juridique — Grille Dintilhac : Cadre de référence, non codifié — Document Mornet : Simple repère, non contraignant
- Rôle du praticien — Grille Dintilhac : Recenser chaque ligne, ne rien oublier — Document Mornet : Chiffrer, comparer, argumenter, dépasser
Les fourchettes de la version 2025 : douleur et atteinte esthétique
Venons-en aux chiffres. Le document propose, pour les préjudices extra-patrimoniaux temporaires et permanents, des repères construits autour de l'échelle médico-légale de 1 à 7 que l'expert utilise pour coter la douleur et l'atteinte esthétique.
Les souffrances endurées : l'échelle de 1 à 7
Ce poste — le pretium doloris — répare toutes les douleurs, physiques comme morales, subies par la victime pendant la maladie traumatique et jusqu'à la consolidation. Le médecin expert le cote sur une échelle de 1 à 7, en tenant compte des circonstances du dommage, des hospitalisations, des interventions chirurgicales et de l'âge de la victime. L'édition en vigueur y fait correspondre les montants suivants :
Pretium doloris et atteinte esthétique permanente — repères chiffrés (échelle 1 à 7). Appréciation souveraine du juge.
- 1 / 7 — Qualification : Très léger — Repères constatés : jusqu'à 2 000 €
- 2 / 7 — Qualification : Léger — Repères constatés : 2 000 € à 4 000 €
- 3 / 7 — Qualification : Modéré — Repères constatés : 4 000 € à 8 000 €
- 4 / 7 — Qualification : Moyen — Repères constatés : 8 000 € à 20 000 €
- 5 / 7 — Qualification : Assez important — Repères constatés : 20 000 € à 35 000 €
- 6 / 7 — Qualification : Important — Repères constatés : 35 000 € à 50 000 €
- 7 / 7 — Qualification : Très important — Repères constatés : 50 000 € à 80 000 €
- Exceptionnel — Qualification : Hors échelle — Repères constatés : 80 000 € et plus
Le préjudice esthétique permanent — l'altération définitive de l'apparence, particulièrement lourde pour les grands brûlés, les traumatisés de la face ou les enfants — obéit à une échelle sensiblement identique, modulée selon l'âge, le sexe et la situation personnelle de la victime. Le préjudice esthétique temporaire, lui, constitue un poste autonome qui doit être réparé séparément.
Cet outil couvre aussi des postes plus spécifiques que les compagnies oublient souvent : le préjudice d'agrément (impossibilité de pratiquer une activité sportive ou de loisirs) ou le préjudice d'angoisse de mort imminente en cas de survie. Chacun de ces postes a sa propre logique, que le document éclaire sans jamais figer.
L'incapacité temporaire dans la vie courante (DFT)
Avant la consolidation, la gêne dans les actes de la vie courante est réparée au titre du DFT (déficit temporaire). Ce texte indique que les juges accordent, pour un DFT total, entre 750 € et 1 000 € par mois, soit entre 25 € et 33 € par jour. Cette base est proportionnellement réduite lorsque l'incapacité temporaire n'est que partielle : les experts distinguent quatre niveaux (I = 10 %, II = 25 %, III = 50 %, IV = 75 %). Le DFT intègre aussi, pendant la période, la perte de qualité de vie, l'agrément temporaire et le préjudice sexuel temporaire.
La valeur du point d'incapacité selon l'âge (DFP)
Le poste le plus structurant d'un dossier grave est souvent le déficit fonctionnel permanent (DFP), c'est-à-dire la réduction définitive du potentiel physique, psychosensoriel ou intellectuel après consolidation. Le texte explique clairement la méthode : « le prix du point d'incapacité permanente partielle est fixé selon les séquelles conservées, le taux d'incapacité et l'âge de la victime. Plus le taux d'incapacité est élevé, plus le prix du point augmente ; le prix du point d'incapacité diminue avec l'âge. »
Concrètement, l'indemnité de DFP s'obtient en multipliant le taux retenu par l'expert par le prix du point correspondant à la tranche de taux et à l'âge de la victime. Le document reproduit à cet effet une grille (base dite « 2020 »), dont voici un extrait représentatif :
Prix du point de DFP (en euros) selon le taux et l'âge — extrait de la grille base 2020. Repères non impératifs, appréciation souveraine du juge.
- 1 à 5 % — 0–10 ans : 2 310 — 21–30 ans : 1 960 — 41–50 ans : 1 580 — 61–70 ans : 1 210 — 81 ans et + : 880
- 6 à 10 % — 0–10 ans : 2 670 — 21–30 ans : 2 255 — 41–50 ans : 1 800 — 61–70 ans : 1 320 — 81 ans et + : 935
- 11 à 15 % — 0–10 ans : 3 025 — 21–30 ans : 2 550 — 41–50 ans : 2 025 — 61–70 ans : 1 430 — 81 ans et + : 990
- 16 à 20 % — 0–10 ans : 3 380 — 21–30 ans : 2 850 — 41–50 ans : 2 245 — 61–70 ans : 1 540 — 81 ans et + : 1 045
- 21 à 25 % — 0–10 ans : 3 740 — 21–30 ans : 3 145 — 41–50 ans : 2 465 — 61–70 ans : 1 650 — 81 ans et + : 1 100
- 26 à 30 % — 0–10 ans : 4 100 — 21–30 ans : 3 445 — 41–50 ans : 2 685 — 61–70 ans : 1 760 — 81 ans et + : 1 155
- 36 à 40 % — 0–10 ans : 4 810 — 21–30 ans : 4 035 — 41–50 ans : 3 125 — 61–70 ans : 1 980 — 81 ans et + : 1 265
- 46 à 50 % — 0–10 ans : 5 530 — 21–30 ans : 4 630 — 41–50 ans : 3 565 — 61–70 ans : 2 200 — 81 ans et + : 1 375
- 56 à 60 % — 0–10 ans : 6 240 — 21–30 ans : 5 225 — 41–50 ans : 4 005 — 61–70 ans : 2 420 — 81 ans et + : 1 485
- 66 à 70 % — 0–10 ans : 6 955 — 21–30 ans : 5 820 — 41–50 ans : 4 445 — 61–70 ans : 2 640 — 81 ans et + : 1 595
Lecture : une victime de 25 ans conservant un DFP de 8 % relève de la tranche « 6 à 10 % » à « 21–30 ans », soit environ 2 255 € le point ; son indemnité de base ressort autour de 8 × 2 255 € ≈ 18 000 €, à ajuster selon les circonstances. Ces repères ne lient pas le juge. Pour la méthode complète, voir notre page dédiée au calcul du DFP.
Deux réflexes de praticien s'imposent ici. D'abord, la grille ne doit jamais être appliquée mécaniquement : si l'expert s'est limité à chiffrer le taux par référence au seul barème médical, la somme doit être majorée pour intégrer les douleurs permanentes et les troubles dans les conditions d'existence, désormais compris dans le DFP. Ensuite, la Cour de cassation veille au grain : elle a censuré des juges du fond pour avoir « arrondi » l'indemnité de DFP, au mépris de la réparation intégrale du préjudice. Le prix du point est un point de départ, pas un couperet.
Le référentiel Mornet est-il obligatoire ou contraignant pour les assureurs ?
C'est la question décisive, et la réponse est nette : non, il n'est pas obligatoire. Ni le juge, ni l'assureur, ni le fonds de garantie ne sont juridiquement tenus de suivre ses fourchettes. Sa valeur est celle d'un simple repère : une source d'information sérieuse, rien de plus. Deux principes fondamentaux l'expliquent.
D'une part, le chiffrage du dommage relève de l'appréciation souveraine des juges du fond : la haute juridiction ne contrôle pas le montant retenu, dès lors que le préjudice réellement subi a été réparé. D'autre part, ce montant est gouverné par le principe de réparation intégrale : la victime doit être replacée dans la situation qui aurait été la sienne sans le fait dommageable, « sans perte ni profit ». Une grille rigide qui plafonnerait la réparation serait, par construction, contraire à ce principe.
Le pouvoir souverain du juge prime sur tout référentiel
Dans un arrêt
Cass. 2e civ., 27 octobre 2022, n° 21-12.881, la deuxième chambre civile, statuant sur un pourvoi du Fonds de garantie (FGTI), rappelle que c'est « dans l'exercice de son pouvoir souverain d'appréciation de l'existence et de l'étendue » du préjudice que la cour d'appel fixe l'indemnisation, l'ensemble devant respecter le principe de réparation intégrale, « sans qu'il en résulte pour la victime une perte ou un profit ». La Cour approuve ainsi les montants retenus poste par poste, en fonction de la situation concrète de la victime.
Notre lecture de praticien : cet arrêt est la meilleure démonstration que ce texte ne lie pas le juge. Le fondement de la réparation n'est pas une grille, mais l'appréciation souveraine des faits. Quand un assureur me répond « c'est le barème », je lui oppose précisément cette hiérarchie : le document éclaire, il n'ordonne pas. Ce qui commande, c'est le dommage réellement subi, prouvé pièce par pièce.
Cela ne signifie pas que le référentiel soit ignoré des tribunaux — bien au contraire. Les juridictions y renvoient couramment pour motiver leurs décisions, notamment pour fixer le prix du point de DFP. Mais elles le font comme à une référence, non comme à une règle qui s'imposerait à elles. De la même manière, les assureurs s'y appuient volontiers — c'est légitime — pour construire les offres qu'ils adressent aux victimes, mais rien ne leur interdit, ni ne les oblige, de s'en écarter.
Comment les juges s'en servent, concrètement
Dans une affaire de blessures involontaires suivie devant la
Cour de cassation, chambre criminelle, 5 décembre 2017, n° 16-87.444, la cour d'appel de Nîmes avait fixé le déficit fonctionnel permanent (8 %) d'une victime en retenant « l'indemnisation proposée par le référentiel indicatif des cours d'appel pour une femme de 31 à 40 ans, soit 1 850 euros le point ». La Cour de cassation n'a censuré l'arrêt que sur un autre point (l'imputation de la rente d'invalidité au titre du recours des tiers payeurs), laissant intacte cette méthode de chiffrage.
Notre lecture de praticien : cette décision, rendue dans un dossier de notre région, montre l'usage réel de cet outil : les juges s'y réfèrent explicitement pour ancrer le prix du point, tout en gardant la main sur le montant. Pour l'avocat, c'est un double enseignement. Le texte est un langage commun utile en négociation ; mais parce qu'il n'a rien d'impératif, il faut aussi tout vérifier — ici, c'est l'articulation avec le recours du tiers payeur, souvent défavorable à la victime, qui a fait basculer l'affaire.
L'avocat face à l'offre de l'assureur : quel montant ?
Dans ma pratique, le document de B. Mornet est un point de départ, jamais un point d'arrivée. Voici, très concrètement, comment je l'utilise au service d'une victime — et pourquoi ce seul texte ne suffit pas à obtenir une juste réparation.
Premièrement, je m'en sers comme d'un test d'exhaustivité. Je reprends les postes de préjudice de la liste Dintilhac un par un et je confronte l'offre de la compagnie aux repères chiffrés. Il est fréquent qu'un poste soit purement absent de l'offre — perte des loisirs, préjudice sexuel, atteinte esthétique temporaire, incidence professionnelle. Cette lecture croisée me permet de chiffrer immédiatement ce qui a été « oublié ».
Deuxièmement, je compare à la jurisprudence de la juridiction compétente. Les moyennes du document sont nationales ; or certaines juridictions accordent, pour tel poste, des montants supérieurs. Documenter cet écart, décisions à l'appui, change le rapport de force en négociation. C'est là que se joue l'égalité des armes face à un assureur qui, lui, dispose de ses propres bases de données.
Troisièmement, je démontre ce qui commande de dépasser cet outil. Une victime n'est pas une moyenne. Un DFP de 10 % n'a pas le même retentissement chez un artisan qui perd l'usage fin de sa main que chez une personne sédentaire. Les circonstances de l'accident, l'état antérieur révélé par le fait dommageable, la gravité des douleurs, le bouleversement de la vie familiale : autant d'éléments individuels qui justifient un chiffrage au-dessus des repères. Le document ne bride pas cette individualisation ; il en constitue le socle chiffré.
Enfin, je m'en sers pour prévenir la victime d'un piège classique : l'offre « conforme au barème ». Un assureur peut présenter une offre parfaitement alignée sur le milieu de la fourchette tout en étant sous-évaluée, parce qu'un poste manque, parce que le taux d'expertise est contestable, ou parce que la jurisprudence locale est plus généreuse. Signer une telle offre sans conseil, c'est renoncer définitivement à la différence. Avant toute signature, une lecture croisée s'impose — c'est exactement le travail de l'avocat en droit des victimes.
Un dernier mot sur le règlement amiable. La grande majorité des dossiers se dénouent par une transaction amiable, sans procès. Or les montants proposés à ce stade sont fréquemment inférieurs à ce qu'un tribunal accorderait. Si vous avez reçu une offre d'indemnisation, faites-la analyser avant de la signer : c'est souvent à ce moment précis, en amont du juge, que se joue l'essentiel de la réparation. Comparer l'offre aux repères de ce texte, vérifier les préjudices omis parmi tous les préjudices réparables, et documenter la pratique de la juridiction compétente : voilà ce qui, concrètement, sépare une offre standardisée d'une juste réparation.
Me Patrice Humbert
Avocat au Barreau d'Aix-en-Provence, avocat spécialisé en dommage corporel (mention de spécialisation CNB). Plus de 20 ans d'exercice exclusif dans la défense des victimes de la route, d'agressions et d'erreurs médicales. SELARL LEXVOX AVOCATS — bureaux à Arles, Salon-de-Provence, Aix-en-Provence et Marignane. Découvrir le cabinet →
Cet article a une vocation informative et reflète l'analyse de Me Patrice Humbert ; il ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour l'étude de votre situation, contactez le cabinet.
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Questions fréquentes
Le référentiel Mornet est-il obligatoire ?
Non. Ce document n'a aucune valeur obligatoire : ni le juge, ni la compagnie ne sont tenus de suivre ses fourchettes. Le magistrat chiffre chaque dossier dans l'exercice de son pouvoir souverain d'appréciation et doit réparer tout le dommage, sans perte ni profit pour la victime. Ce n'est qu'une aide méthodologique destinée à rapprocher les pratiques des juridictions.
Quelle est la différence avec la grille Dintilhac ?
La grille Dintilhac liste et définit les postes à réparer : elle dit QUOI indemniser. Le document Mornet propose, pour ces mêmes postes, des fourchettes chiffrées observées en appel : il suggère COMBIEN. Les deux se complètent — le second adopte d'ailleurs la liste du premier. L'une structure le chiffrage ; l'autre aide à le finaliser.
Comment est calculé le prix du point de DFP ?
Il dépend de deux variables : le taux retenu par l'expert et l'âge de la victime à la consolidation. Plus le taux est élevé, plus le point vaut cher ; plus la victime est âgée, moins il vaut. On multiplie ensuite le taux par ce prix. Par exemple, pour un taux de 6 à 10 %, la grille indique environ 2 670 € le point à 0-10 ans et environ 1 320 € à 61-70 ans. Ces valeurs ne lient pas le juge.
Où consulter ou télécharger la dernière édition ?
Le document, coordonné par un haut magistrat, est diffusé publiquement et actualisé régulièrement ; l'édition en vigueur intègre les décisions rendues jusqu'en juillet 2024. Il circule librement dans la communauté des magistrats et des avocats. Attention : ce n'est pas un texte officiel opposable, mais une aide méthodologique. Le cabinet LEXVOX en applique la dernière version pour chiffrer les dossiers de ses clients.
Peut-on obtenir plus que les repères chiffrés ?
Oui. Ses fourchettes n'étant que des repères, il est parfaitement possible d'obtenir davantage lorsque la situation le justifie : gravité particulière des séquelles, retentissement professionnel et familial important, pratique locale plus favorable, postes spécifiques. La réparation doit être individualisée : un avocat de victimes s'appuie sur le document comme point de départ, puis démontre les éléments qui commandent de le dépasser.
Le texte s'applique-t-il aux accidents du travail ?
Il est conçu pour la réparation en droit commun (accident de la route, agression, erreur médicale, accident de la vie), poste par poste. En accident du travail relevant de la législation professionnelle, la réparation est en principe forfaitaire et obéit à d'autres règles ; le document ne sert de repère que dans les hypothèses ouvrant droit à un complément de droit commun (faute inexcusable de l'employeur, action contre un tiers responsable). Une analyse au cas par cas est indispensable.
Comment contester l'offre de la compagnie ?
Il faut vérifier trois choses : que chaque ligne du dommage a bien été chiffrée, sans oubli ni minoration ; que la fourchette retenue correspond aux séquelles réellement constatées lors des opérations d'expertise ; et que la juridiction compétente n'accorde pas, en pratique, des montants supérieurs. Un simple repère ne peut jamais servir à plafonner la réparation. Se faire assister par un avocat avant d'accepter une offre est déterminant.
Pourquoi confier votre dossier à LEXVOX Avocats
Face à un assureur, une victime n'est pas à armes égales. Le cabinet LEXVOX, dédié à la réparation du dommage corporel, défend exclusivement les intérêts des victimes — jamais ceux des compagnies d'assurance.
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