Accident de trottinette sans assurance : indemnisation de la victime et trottinette électrique

· 1933 mots

Un accident de trottinette électrique pose une question simple en apparence : qui indemnise la victime lorsque le conducteur circule sans assurance. La réponse dépend de la qualification de l'engin, de l'existence d'une assurance responsabilité civile et, à défaut, de l'intervent

Me Patrice Humbert

Par Me Patrice Humbert

Avocat spécialiste CNB dommage corporel et responsabilité médicale

Certifié CNB

Barreau de Aix-en-Provence

Accident de trottinette sans assurance : indemnisation de la victime et trottinette électrique
Accident de trottinette sans assurance : indemnisation de la victime et trottinette électrique — LEXVOX Avocats

Un accident de trottinette électrique pose une question simple en apparence : qui indemnise la victime lorsque le conducteur circule sans assurance. La réponse dépend de la qualification de l'engin, de l'existence d'une assurance responsabilité civile et, à défaut, de l'intervention d'un fonds de garantie. Cet article expose les règles applicables, leurs sources et leurs conséquences pratiques pour la victime d'un accident de trottinette.

L'obligation d'assurance pour une trottinette électrique

La trottinette électrique entre dans la catégorie des engins de déplacement personnel motorisé, ce que confirme la définition posée à l'article R. 311-1 du code de la route. Cette qualification a une conséquence directe : le conducteur d'un tel engin doit souscrire une assurance responsabilité civile, au même titre que le conducteur d'une voiture ou d'un deux-roues motorisé. L'article L. 211-1 du code des assurances pose le principe de l'assurance obligatoire pour tout véhicule terrestre à moteur circulant sur la voie publique.

En pratique, cette obligation est souvent ignorée par les utilisateurs occasionnels, qui pensent à tort qu'un engin de faible puissance échappe à la règle. Or assurer sa trottinette électrique n'est pas une option laissée à l'appréciation du conducteur : rouler sans assurance expose à des sanctions et, surtout, prive la victime d'un recours simple contre un assureur identifié. Une assurance habitation peut parfois inclure une garantie responsabilité civile couvrant un déplacement personnel occasionnel, mais cette couverture reste limitée et ne dispense pas de vérifier les conditions du contrat avant de circuler en trottinette électrique.

La trottinette électrique qualifiée de véhicule terrestre à moteur

La qualification de véhicule terrestre à moteur emporte des conséquences juridiques précises. Elle rattache la trottinette électrique au régime d'indemnisation des accidents de la circulation, distinct du régime de responsabilité civile de droit commun fondé sur l'article 1240 du code civil. Cette distinction est déterminante pour la victime, car le régime spécial de la loi du 5 juillet 1985 lui est en principe plus favorable.

La trottinette sans moteur, en revanche, ne relève pas de cette qualification et échappe à l'obligation d'assurance propre aux véhicules motorisés. Un accident corporel causé par une trottinette sans moteur relève alors du droit commun de la responsabilité civile, ce qui implique pour la victime de démontrer une faute du conducteur. Cette différence de régime justifie que l'on vérifie systématiquement, dès la déclaration d'un accident de trottinette, si l'engin en cause était motorisé ou non, tant les conséquences sur l'indemnisation diffèrent.

La loi Badinter et l'indemnisation d'un accident de la circulation

La loi Badinter, issue de la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985, organise l'indemnisation des victimes d'accidents de la circulation impliquant un véhicule terrestre à moteur. Son article 1er définit le champ d'application du texte, son article 3 protège spécifiquement les victimes non conductrices, et son article 4 précise dans quelles conditions la faute du conducteur victime peut lui être opposée. L'article 5 limite l'effet de la faute de la victime à l'indemnisation de ses dommages aux biens, tandis que l'article 6 soumet le préjudice des proches aux mêmes limitations que celui de la victime directe.

Pour une victime percutée par une trottinette électrique alors qu'elle circulait à pied ou à vélo, ce régime facilite l'indemnisation, car la preuve d'une faute n'est pas systématiquement exigée. Ce mécanisme protecteur explique pourquoi la question de l'assurance du conducteur de trottinette reste secondaire pour la reconnaissance du droit à indemnisation, mais redevient centrale au moment de déterminer qui va effectivement payer les sommes dues.

Accident de trottinette sans assurance : qui paie la victime

Lorsqu'un accident de trottinette sans assurance survient, la victime reste protégée par le régime de la loi Badinter, mais l'absence d'assurance du responsable complique le recouvrement effectif des indemnités. Si la trottinette électrique sans assurance a heurté un véhicule assuré, l'assureur de ce véhicule peut, selon les circonstances, indemniser la victime avant d'exercer un recours contre le conducteur fautif non assuré.

Dans l'hypothèse d'un accident de trottinette sans assurance impliquant deux usagers non assurés, la situation est plus délicate. La victime doit alors se tourner vers un mécanisme de solidarité nationale, faute d'assureur solvable directement identifiable. C'est précisément dans ce type de dossier qu'un accompagnement juridique permet d'orienter la victime vers l'interlocuteur pertinent et d'éviter que le défaut d'assurance du responsable ne se traduise par une absence totale d'indemnisation.

Le rôle du fonds de garantie des assurances obligatoires

Le fonds de garantie des assurances obligatoires, prévu à l'article L. 421-1 du code des assurances, intervient précisément lorsque le responsable d'un accident n'est pas assuré ou reste inconnu. Ce fonds de garantie indemnise la victime dans les conditions fixées par la loi, puis se retourne contre le conducteur responsable pour recouvrer les sommes versées. Ce mécanisme évite qu'une victime d'accident de trottinette électrique sans assurance ne se retrouve sans aucune ressource face à un dommage corporel parfois lourd.

L'article L. 211-9 du code des assurances impose par ailleurs une offre d'indemnité à la victime atteinte dans sa personne dans les huit mois de l'accident, obligation qui pèse sur l'assureur du responsable lorsqu'il existe, ou sur le fonds de garantie à défaut. L'article L. 211-13 sanctionne le retard par le doublement de l'intérêt légal sur l'indemnité. La victime dispose ainsi d'un cadre procédural protecteur, même lorsque le conducteur de la trottinette n'avait souscrit aucune assurance de responsabilité civile.

Responsabilité du conducteur d'une trottinette

La responsabilité civile du conducteur d'une trottinette électrique demeure engagée indépendamment de la question de l'assurance. L'absence d'assurance obligatoire ne supprime pas la dette du responsable envers la victime : elle rend seulement plus complexe le recouvrement, puisqu'aucun assureur ne prend en charge le dossier en première ligne. Le conducteur de la voiture percutée, ou le piéton percuté par une voiture ou par un engin, conserve donc un droit à indemnisation contre le responsable, quelle que soit sa situation d'assurance.

Sur le plan pénal, circuler en trottinette électrique sans assurance constitue une infraction autonome, distincte de la responsabilité civile envers la victime. La sanction encourue, une amende de 3 750 euros au plus, l'action publique pouvant être éteinte par une amende forfaitaire de 500 euros (article L. 324-2 du code de la route), ne bénéficie pas directement à la victime mais illustre le caractère impératif de l'obligation d'être assuré. Cette dimension pénale renforce, pour l'avocat, l'argumentaire tendant à obtenir du fonds de garantie ou de l'assureur concerné une prise en charge rapide du dommage corporel subi.

Le cas de la trottinette sans moteur

La trottinette sans moteur, utilisée pour un simple déplacement personnel, n'entre pas dans le champ de l'assurance obligatoire des véhicules terrestres à moteur. Un accident causé par ce type d'engin relève du droit commun, ce qui suppose d'établir une faute à la charge du conducteur pour ouvrir droit à indemnisation. Cette différence de régime doit être vérifiée dès les premiers échanges avec l'assureur, car elle conditionne la voie procédurale à emprunter.

Dans les faits, les accidents de trottinette sans moteur sont généralement moins graves que ceux impliquant un engin motorisé, en raison d'une vitesse plus faible. Il n'en demeure pas moins qu'un dommage corporel sérieux peut survenir, notamment lors d'une chute provoquée par un défaut d'entretien de la voirie ou par le comportement d'un tiers. La victime doit alors rassembler les éléments de preuve permettant de caractériser la faute, faute de bénéficier du régime plus favorable applicable aux véhicules motorisés.

Les démarches de la victime après un accident en trottinette

Après un accident de trottinette, la victime doit rassembler sans délai les éléments matériels utiles : constat, témoignages, coordonnées du conducteur et, le cas échéant, de son assureur. Cette collecte immédiate est déterminante lorsque le responsable tente de dissimuler l'absence d'assurance ou décline toute identité. En l'absence de tiers assuré identifiable, la déclaration doit être orientée vers le fonds de garantie, dans les délais impartis par les textes applicables.

Le certificat médical initial constitue également une pièce centrale du dossier, car il fixe la nature et l'étendue du dommage corporel dès les premiers jours suivant l'accident de la route. Une victime d'accident en trottinette a intérêt à ne pas attendre la stabilisation de son état pour engager les démarches, certaines actions étant enfermées dans des délais qui courent indépendamment de l'évolution médicale. Un accompagnement précoce permet d'éviter les écueils liés à la complexité de ces procédures.

Le rôle de l'avocat en dommage corporel

Face à un accident de trottinette sans assurance, l'avocat en dommage corporel intervient pour identifier le débiteur de l'indemnisation, qu'il s'agisse d'un assureur, du fonds de garantie ou du responsable lui-même. Cette identification conditionne l'ensemble de la procédure et évite à la victime de s'adresser à un interlocuteur qui n'a pas vocation à indemniser le sinistre. L'avocat veille également au respect des délais imposés à l'assureur ou au fonds de garantie pour formuler une offre.

Il accompagne aussi la victime lors de l'expertise médicale, moment déterminant pour l'évaluation du dommage corporel et donc pour le montant de l'indemnisation finale. Cette assistance technique, fondée sur une obligation de moyens, vise à ce que chaque poste de préjudice soit correctement documenté avant toute discussion avec l'assureur ou le fonds de garantie. La première consultation est gratuite et sans engagement.

Ce que le fonds de garantie et les juridictions accordent, poste par poste

Le fonds de garantie indemnise selon les mêmes règles qu'un assureur, poste par poste. Les ordres de grandeur qui suivent viennent des décisions publiées et permettent de situer une offre avant de l'accepter.

Dans les décisions publiées de 2022 à 2026, le montant médian alloué au titre des souffrances endurées s'établit à 6 254 euros, un quart des décisions restant sous 3 921 euros et un quart dépassant 13 884 euros (Themia, jurimétrie dommage corporel, 14 145 décisions, relevé du 7 septembre 2026).

Pour des souffrances endurées cotées 3 sur 7 par l'expert, le montant médian alloué s'établit à 6 000 euros, la moitié des décisions se situant entre 4 000 et 7 000 euros ; à 4 sur 7, la médiane passe à 12 000 euros et à 5 sur 7 à 22 500 euros (Themia, jurimétrie dommage corporel, 12 366 décisions cotées, relevé du 7 septembre 2026).

Devant les juridictions d'Aix-en-Provence, le montant médian alloué au titre du déficit fonctionnel permanent s'établit à 12 500 euros, un quart des décisions dépassant 30 800 euros (Themia, jurimétrie dommage corporel, 644 décisions aixoises, relevé du 7 septembre 2026).

Le fonds exerce ensuite son recours contre le conducteur non assuré, mais ce recours ne réduit ni ne retarde l'indemnisation due à la victime.

Questions fréquentes

Que se passe-t-il si je cause un accident avec une trottinette électrique sans assurance contre une voiture ?

Le conducteur de la voiture percutée peut être indemnisé par son propre assureur, qui se retournera ensuite contre le responsable non assuré. Le défaut d'assurance constitue en outre une infraction distincte du droit à indemnisation de la victime.

Qui paye en cas d'accident sans assurance ?

Selon les cas, l'assureur du véhicule impliqué, le fonds de garantie des assurances obligatoires ou le responsable lui-même peuvent être sollicités pour indemniser la victime, en fonction de l'identification des parties.

Qu'est-ce que je risque si ma trottinette électrique n'est pas assurée ?

Le conducteur s'expose à une sanction pénale pour défaut d'assurance et reste personnellement redevable de l'indemnisation due à la victime, le fonds de garantie pouvant ensuite exercer un recours contre lui.

Qui est responsable d'un accident de trottinette ?

La responsabilité s'apprécie selon les circonstances de l'accident et le régime applicable, la loi Badinter facilitant l'indemnisation des victimes non conductrices impliquées dans un accident de la circulation.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Que se passe-t-il si je cause un accident avec une trottinette électrique sans assurance contre une voiture ?

Le conducteur de la voiture percutée peut être indemnisé par son propre assureur, qui se retournera ensuite contre le responsable non assuré. Le défaut d'assurance constitue en outre une infraction distincte du droit à indemnisation de la victime.

Qui paye en cas d'accident sans assurance ?

Selon les cas, l'assureur du véhicule impliqué, le fonds de garantie des assurances obligatoires ou le responsable lui-même peuvent être sollicités pour indemniser la victime, en fonction de l'identification des parties.

Qu'est-ce que je risque si ma trottinette électrique n'est pas assurée ?

Le conducteur s'expose à une sanction pénale pour défaut d'assurance et reste personnellement redevable de l'indemnisation due à la victime, le fonds de garantie pouvant ensuite exercer un recours contre lui.

Qui est responsable d'un accident de trottinette ?

La responsabilité s'apprécie selon les circonstances de l'accident et le régime applicable, la loi Badinter facilitant l'indemnisation des victimes non conductrices impliquées dans un accident de la circulation.

Pourquoi confier votre dossier à LEXVOX Avocats

Face à un assureur, une victime n'est pas à armes égales. Le cabinet LEXVOX, dédié à la réparation du dommage corporel, défend exclusivement les intérêts des victimes — jamais ceux des compagnies d'assurance.

  • Avocat certifié CNB en dommage corporel — une certification de spécialisation officielle, distincte d'une simple mention d'activité.
  • Pratique dédiée aux victimes : accident de la route (loi Badinter), erreur médicale, faute inexcusable de l'employeur, agression (CIVI / FGTI).
  • Contestation des expertises médicales d'assurance, poste par poste, selon la nomenclature Dintilhac.
  • 4 bureaux en région PACA : Aix-en-Provence, Salon-de-Provence, Arles et Marignane.
  • Première consultation gratuite et sans engagement pour analyser votre dossier.

Première consultation gratuite — 04 90 54 58 10 ou [email protected].

Cet article est fourni à titre d'information générale et ne constitue pas un conseil juridique individualisé. L'avocat est tenu à une obligation de moyens, non de résultat. Chaque dossier nécessite une analyse personnalisée.

Besoin d'un avocat ?

Consultation confidentielle — réponse sous 24h